Françoise a déménagé il y a deux ans pour commencer sa retraite dans un nouvel environnement : nouvel appartement, nouvelle ville, nouvelle étape de vie. Son appartement est plutôt joli, harmonieux même. Pourtant, depuis ce déménagement, elle va mal. même très mal. Elle ne se sent pas à sa place et pense à redéménager.
Ce mal-être arrive par vagues. Depuis plusieurs mois, cette vague-là la submerge. Pourtant, Françoise fait de la méditation, prend soin d’elle. Elle a été accompagnée en psychothérapie. Elle a déjà exploré une histoire familiale lourde, qui continue pourtant de lui coller à la peau.
Ce déménagement s’inscrit aussi dans une longue série : 25 lieux de vie traversés, comme si chaque étape de son existence avait demandé un nouvel espace, une nouvelle tentative d’ajustement, ou peut-être une manière de repartir avant d’avoir pu vraiment déposer quelque chose.
Recommencer lui permet de remettre les compteurs à zéro. Elle vit chaque déménagement comme celui qui effacera un mal-être plus ancien, plus profond, plus difficile à nommer.
À la suite de la lecture de mon livre*, elle comprend que ce qu’elle vit chez elle va au-delà d’une question de confort ou d’agencement. Pourtant, elle s’accroche d’abord à un problème d’isolation. L’appartement est trop froid. Il faudrait peut-être partir à nouveau, trouver mieux ailleurs. Au fil de la séance, quelque chose apparaît plus clairement : le froid qu’elle ressent n’est pas uniquement physique. Il est aussi intérieur. Il parle d’une part de son histoire, de son rapport à elle-même, de son intimité, de ce qu’elle contrôle encore beaucoup, de ce qui demande à se relâcher, à se réchauffer, à être accueilli.
Le travail que nous commençons ensemble est un travail de réconciliation avec son passé, à travers sa manière d’habiter. Nous revisitons son lieu de vie avec une lecture précise, sensible et concrète, pour comprendre sur quels éléments tangibles elle peut s’appuyer chez elle, et donc en elle. Chaque pièce est révélatrice de ce qui la soutient et de ce qui l’enferme ; chaque pièce raconte son regard sur elle-même, sa relation aux autres et la place qu’elle s’autorise à prendre.
À travers des exercices sensoriels adaptés, Françoise ressent enfin dans son espace, ce qui peut devenir un appui plutôt qu’un lieu de lutte. Elle commence à voir ce qu’elle maîtrise trop, ce qu’elle tient à distance, ce qui peut doucement lâcher. La question de partir ou rester dans cet appartement alors se déplace. Son lieu vient de réveiller quelque chose en elle qui lui offre la possibilité d’y répondre autrement.
Le lendemain, elle m’a écrit ces mots :
« Par ce que nous avons fait durant la séance et par votre complément par mail, je me sens comprise et dans l’axe. Mon désarroi, mes interrogations, mon sentiment de vivre quelque chose d’important et parfois de décalé me paraissent maintenant légitimes, et je vis cette lucidité comme normale et non plus comme quelque chose d’inavouable et faux. Tout est puissant et juste. Je conserve précieusement vos écrits pour me conforter sur le chemin à traverser et avancer avec des objectifs précis, en confiance, aussi grâce à votre éclairage. »
Voilà ce qu’une séance de domo-coaching peut ouvrir en trois heures : une compréhension nouvelle de ce qui se joue chez soi, des appuis concrets pour avancer, et très souvent l’élan de se retrouver là où l’on croyait seulement ne pas être à sa place.
*Livre La maison, ce grand corps vivant – Habiter son intérieur, habiter sa vie aux Editions L’harmattan

